Les biopesticides, quand le naturel est à craindre

Un label vert suffit à instaurer une image verte, d’un lieu où la nature est en communion avec elle-même, d’une ambiance si champêtre qu’aucun conte n’aurait pu reproduire. Mais notre esprit est parfois simple, satisfait des raccourcis parfois erronés. L’agriculture biologique, elle, ne fait pas exception, et ce qui paraissait être un champ verdoyant, est parfois une terre sans vie.
Par Eric Roggwiller

De ce champ issu des agricultures biologiques, nous gardons en tête des étendues vertes, colorées, et diversifiées. Les terres sont ici heureuses, emplies par la chaleureuse visite des insectes bourdonnant, vibrant d’une vitalité peu commune. Ce petit théâtre chantonne, de la voix de Mère Nature, et nous offre un don si sain qu’il en devient presque magique. De ce tableau, nous ne gardons que ce que les publicités mettent en avant.

D'une nocivité naturelle

En réalité, seuls les intrants artificiels sont prohibés du cahier des charges de l’agriculture biologique. Ici, les chenilles sont des nuisibles, mais pas celles des tracteurs. Autrefois, ces nuisibles étaient retrouvés paralysés, agonisant sous le feu du soleil. Aujourd’hui aussi, mais par l’action des pesticides devenus bio. Aujourd’hui, les pesticides se doivent d’être naturels, crées par des mains naturelles et non humaines.

 

Mais le naturel n’est pas toujours synonyme de « sans danger ». L’ammoniac tue, naturellement. La Nature, toute belle qu’elle puisse être, est une chimiste autant inventive que pernicieuse. Dans sa pharmacie, elle possède bien plus de poisons que d’antidotes. Et un pesticide, tout bio soit-il, peut également être dangereux pour notre espèce.

 

Prenons le cas du Spinosad, un biopesticide initialement commercialisé par Dow Chemical, l’un des géants de l’industrie chimique. Celui-ci contient un des principes actifs les plus puissants pour les insectes, particulièrement efficace sur les abeilles. Selon Pierre-Michel Périnaud, président de l’Association Alertes des médecins sur les pesticides, le Spinosad atteint également les humains, et particulièrement sur la thyroïde. Ce biopesticide est autorisé, sous certaines conditions, par BioSuisse et le label européen AB.

L'arroseur arrosé

La simplicité serait ici d’interdire tout simplement les intrants dont nous soupçonnons une toxicité. Mais la Science demande rigueur et méthode pour prouver un état de fait, et la Justice, elle, exige démonstration et véracité. En d’autres mots, il est presque impossible de prouver la nocivité d’un biopesticide, parce que la Loi, aveugle, n’entend que le lent débit de la science. La politique, elle, tourne selon le souffle des forces en place, un vent d’autant plus puissant que le sont les groupes d’influence.


Enfin, même si nous interdisons tous les biopesticides soupçonnés d’être nuisibles, nous ne réglons pas cette question. Un intrant, même naturel, est produit industriellement, nécessitant ainsi des matières premières pour sa propre création. D’autres cultures sont ici nécessaires pour subvenir à la demande de biopesticides. Ces cultures sont souvent délocalisées dans des pays en voie de développement, bien moins soucieux des conditions de travail et d’épandage. Ironiquement, beaucoup de monocultures servant à produire des biopesticides sont, elles, traitées avec des pesticides conventionnels. 


Nous noircissons le trait. Évidemment, l’agriculture bio est plus saine et prospère que l’agriculture conventionnelle. Mais elle n’est pas parfaite. Nous devons aller au-delà des apparences, consommer, certes, mais avec le cœur serein, d’une sérénité issue d’une consommation éclairée. Soyons sains, de corps comme d’esprit.

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